Patrick le 04/02/2025
L’événement, que j’ai lu dans le Bulletin paroissial de Patay de 1911 (un exemple parmi d'autres), reflète parfaitement la « guerre scolaire » qui s’est déroulée des années 1900 à 1910, en France, entre le curé et l’instituteur, figures emblématiques de nos villages.
Cette situation découlait du contexte créé par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Elle éclata véritablement à partir de 1906 avec la « guerre des manuels » et des procès intentés par des catholiques contre des instituteurs. En 1907, par exemple, l’affaire « Morizot », qui concernait un instituteur accusé et condamné pour avoir tenu des propos antireligieux en cours, raviva les tensions. Par la suite les amicales d’instituteurs intenteront, dans tous les départements, des actions contre les évêques, accusés de dire en chaire que « l’école sans Dieu c’était l’enfer ». Ce conflit dura jusqu’en 1910 environ.
Le procès
C’est dans ce contexte très tendu, qu’à Patay, en 1911, le curé Gasnier fut dénoncé par l’instituteur pour avoir enfreins la loi. L’histoire se déroula donc en 1911. M Auguste Sombré, instituteur à Patay, avait dénoncé le curé de la paroisse à l’Inspecteur d’Académie pour avoir fait passer aux enfants de son école l’examen de la première communion, le mercredi 3 mai à 15h. Je rappelle pour les plus jeunes que le mercredi était à cette époque un jour d’école et le jeudi un jour sans école.
Une semaine après, le 11 mai 1911, M l’inspecteur d’Académie du Loiret avait informé, par écrit, M le Préfet du Loiret que le prévenu « Gasnier » avait réuni, à l’église, pour des exercices religieux, un certain nombre d’enfants (ceux qui devaient faire leur première communion). De ce fait, 25 garçons et 11 filles, âgées de moins de 13 ans, avaient été absents de l’école, pendant toute la durée de la classe le mercredi après midi. Ce fait, constituait, de la part du prévenu, une infraction à l’article 30 de la Loi du 9 décembre 1905.
Rapidement, une enquête avait été ouverte et un procès verbal, pour obtenir plus de renseignements, avait été dressé en vertu d’une réquisition de M le Procureur de la République d’Orléans, le 23 mai 1911, par les gendarmes de Patay ; Beltoise et Letort.
En conséquence, le mardi 8 août 1911, avait lieu le jugement de police entre le Ministère Public et Paul-Félix Gasnier. Ce procès s’était tenu en audience publique à Patay, salle de la Justice de Paix, par Antonin Jean, juge de Paix, assisté de Auguste Lenormand, greffier du tribunal.
M Léger, maire de Patay, représentait le ministère public et Paul-Félix Gasnier, curé doyen de Patay, âgé de 47 ans était le défendeur.
Au cours des débats, le curé Gasnier, avait avoué le fait. Il avait dit que l’examen de la Première communion, ayant été fixé au mercredi 3 mai à 15h, il ne pouvait changer, ni le jour, ni l’heure. Que quand bien même il aurait pu le faire, il ne l’aurait pas fait, puisque, dans tout le département, ses confrères agissaient comme lui et n’avaient jamais reçu d’observations.
Le juge décida alors que :
- Selon la Loi du 3 décembre 1905, article 30, ainsi conçu : « Conformément à l’article 2 de la loi de 1882, l’enseignement religieux ne peut être donné aux enfants des écoles publiques qu’en dehors des heures de classe. Il sera fait application aux ministres du culte qui enfreindraient cette prescription de l’article 14 de la loi de 1882 ».
- Selon l’article 14 de la Loi de 1882 : « L’infraction sera considérée comme une contravention, pouvant entraîner la condamnation aux peines de simple police, conformément à l’article 479 du code Pénal ».
- Selon l’article 479 du code Pénal : « Seront punis d’une amende de 11 à 15 francs».
Le juge déclara donc qu’attendu qu’il y avait des circonstances atténuantes, il condamnait le curé Gasnier, à 4 francs d’amende (soit environ 1500 euros actuel) et fixait à 3 jours le recouvrement de l’amende.
L’histoire locale ne nous dit pas si le curé Gasnier a récidivé en 1912 et après !
Les coutumes
Il faudra attendre la guerre de 1914, pour obtenir une certaine « pacification religieuse ». En effet, la guerre favorisa, malheureusement, le rapprochement, la connaissance et le respect mutuel entre des milieux qui s’ignoraient jusque là. En effet, les tensions entre le curé et l’instituteur, dans nos villages, s’apaisèrent comme vous pourrez le lire dans les deux exemples ci-dessous :
1) Pour son départ de la paroisse de Patay, en 1932, il avait été rappelé que l’abbé Hureau, avait continué la « tradition », en allant faire le catéchisme aux enfants du village, chaque semaine, dans la mairie de la commune de Rouvray-Sainte-Croix.
2) Jusqu’au environ de 1970, la « coutume », à Charsonville voulait que l’instituteur autorisa deux de ses élèves de l’école primaire, qui étaient enfants de chœur, à s’absenter des cours le matin (entre 11h et midi) en semaine, afin de servir les messes d’enterrement, à l'église du village, pour le curé.






