Loire Beauce
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De Patay à Trouville en train - Récit d'un voyage en 1923
Patrick le 03/12/2024
Patrick le 06/12/2024

Vers la fin du mois d’Août 1923, les « jeunes filles du patronage de Sainte Jeanne d’Arc » de Patay se sont rendues à Lisieux pour se mettre sous la protection de la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant Jésus (Bienheureuse en Avril 1923, Sainte en 1929). Après ce voyage, deux de ces jeunes filles ont raconté leurs impressions dans le bulletin paroissial de Patay « Le Glaneur ». En voici le récit ci-après.

Mes notes personnelles dans le texte ci-dessous sont indiquées en italique.

Le voyage entre Patay et Lisieux représentait une distance, par le train, d’environ 200km.

Le train était à cette époque le mode de transport le plus économique pour voyager en groupe. De plus, la densité du réseau ferroviaire avait atteint son apogée vers 1920. Nos amis ferrovipathe retrouveront à la fin de ce document deux cartes du réseau ferroviaire de l'époque et les horaires des trains à Patay. 

 

Le départ

Il est 6 h du matin. La petite ville de Patay a déjà pris un aspect tout animé. De joyeux groupes de jeunes filles se dirigent vers la gare d’où retentissent leurs gaies exclamations. Tout le monde est exact, et chacun attend avec anxiété l’heure du départ. Le train vient de stopper, et déjà nous assiégeons la plupart des compartiments, car le « patronage Sainte Jeanne d’Arc » part en pèlerinage à Lisieux, accompagné de son vénéré Pasteur.

 

Patay à Dreux via Chartres

Le temps s’écoule vite en si joyeuse compagnie, et nous sommes toutes étonnées lorsque nous arrivons à Dreux, notre première étape. Après s’être débarrassés de nos colis, nous traversons la ville pour nous rendre à la Chapelle Royale qui, située sur le sommet d’une petite colline, domine la cité (20 minutes à pied). Là-haut, un superbe panorama s’offre à nos yeux. Nous pénétrons dans la chapelle, lieu de sépulture de la famille d’Orléans. Nos regards se portent d’abord sur les magnifiques vitraux qui éclairent le sanctuaire, puis sur les nombreux tombeaux de la famille Royale qui constituent de véritables chefs d’œuvre…..

L’heure du départ étant arrivée, nous rejoignons le train pour Evreux ; seconde étape. Le trajet nous parait également de courte durée. D’ailleurs, une bonne partie du temps est consacré au déjeuner qui en la circonstance est fort divertissant. Malgré tout, notre gaîté et notre entrain ne nous font pas oublier le but de notre voyage et nous récitons notre chapelet.

La gare de Patay (fermée aux trafics voyageurs en 1942) se situe à 52 kms environ de la gare de Chartres et à 94 kms de la gare de Dreux. La mise en service de cette ligne date de 1872 environ. La partie entre Orléans et Chartres sera fermée à la circulation des trains vers 1940 et celle entre Chartres et Dreux fermera vers 1970.

 

Dreux à Evreux

Nous voici maintenant à Evreux, ou nous disposons d’un peu de temps pour visiter la ville. En rentrant par un beau parc qui se trouve auprès de la gare, nous voyons un tank, qui nous donne une idée de ce que devaient souffrir nos pauvres soldats, renfermés dans ces mastodontes de fer pendant des heures.

Sauf la cathédrale, qui a l’extérieur est une véritable merveille, la ville n’a pas de cachet spécial et aucun bâtiment n’attire notre attention. De nouveau nous nous dirigeons vers la gare et maintenant « en route pour Lisieux ».

 

Lisieux

Nous voici donc arrivées au terme de notre voyage, et c’est avec empressement que nous nous emparons de nos colis pour nous diriger vers notre hôtel situé non loin du carmel. Là, nous prenons possession de nos chambres, ou plus exactement de nos dortoirs, car à notre grand bonheur, nous logeons huit dans la même pièce. Nous nous livrons d’abord à la correspondance, puis nous allons faire un petit tour en ville afin de nous orienter.

Le lendemain est jour de pèlerinage. Dès 6h30 nous sommes à la chapelle du Carmel ou une messe de Communion est dite à notre intention….

Les messes se succédant, il nous est impossible de visiter la chapelle. Nous pouvons dire toutefois, dès maintenant, qu’elle est une merveille d’art religieux et qu’elle enrichit le patrimoine artistique de cette vieille ville normande que rendent intéressante de très anciennes constructions.

Ensuite nous nous rendons au cimetière situé sur une hauteur, à quelques kilomètres de la ville. Cette visite ne comporte pas autant d’intérêt qu’il y a quelques mois, puisqu’en avril dernier, les restes de la Bienheureuse (1873-1897) ont été transférés dans la chapelle des Carmélites. Dans le bas du cimetière, à mi-chemin, nous apercevons le tombeau de la famille Martin. On aime à s’y arrêter quelques instants. Là, sont réunies les dépouilles mortelles des grands parents et parents de la petite Sœur Thérèse. Encore quelques mètres et nous nous rendons à l’enclos des Carmélites. Chaque tombe est marquée d’une petite croix blanche portant le nom de la religieuse. Ce qui fait remarquer celle de la Bienheureuse, ce sont les nombreux témoignages de ses miracles. La tombe de Mère Marie de l’Eucharistie (Marie Guérin – 1870/1905), cousine de Thérèse, attire également notre attention.

Puis, nous nous dirigeons vers « les Buissonnets », habitation où vécut Sœur Thérèse. C’est une gentille propriété entourée d’un joli jardin. Au fond, on nous fait remarquer le jardinet ou Thérèse aimait à dresser de petits autels ; puis nous entrons dans la maison qui est pleine de ses souvenirs……

Avant le déjeuner, il nous reste encore assez de temps pour visiter la cathédrale Saint Pierre. C’est dans cette église que la famille Martin assistait aux offices, le dimanche.

Il est temps de se diriger vers l’hôtel, et après une matinée si bien employée, nous sommes heureuses d’échanger nos impressions jusqu’à l’heure, ou pour continuer notre pèlerinage, nous nous rendons à l’abbaye des Bénédictines….Avant de partir nous avons le plaisir de causer avec deux bonnes religieuses qui nous retracent avec joie quelques événements de sa vie de pensionnaire dont elles furent les témoins. A côté de la maison d’éducation, se trouve la chapelle et l’heure de l’office quotidien étant arrivé, nous nous y dirigeons…Nous sortons de la chapelle, encore impressionnées par la beauté de ces chants divins…

Après la visité de l’église Saint-Désir qui se trouve sur notre passage, nous nous dirigeons à nouveau vers le Carmel pour visiter la chapelle en détail…

Après une journée si religieusement employée, nous allons nous reposer afin de pouvoir excursionner le lendemain.

Après une bonne nuit nous assistons à une messe matinale et c’est avec entrain que notre joyeuse troupe se dirige vers la mer toujours pleine d’attraits.

 La liaison ferroviaire entre Lisieux et Trouville sera effective qu’en 1863.

 

Gare de Trouville - Deauville

 

Trouville

Vers 9h nous arrivons en gare de Trouville-Deauville et à peines arrivées nous apprenons que l’heure du départ du bateau pour le Havre est proche. La visite de ces deux plages est donc remise au soir et rapidement nous nous dirigeons du côté de l’embarcadère.

La liaison maritime régulière entre le Havre et Trouville (station balnéaire) avait été inaugurée en 1843.

 

Le Havre

A peine montées, notre navire s’ébranle et à notre grande joie nous quittons la côte. Bien que la mer soit calme, plusieurs d’entre nous supportent difficilement la traversée, mais il ne reste aucune trace de malaise lorsqu’elles mettent pied à terre. La traversée durait 30 minutes environ.

Après avoir pris le réconfort nécessaire nous nous dirigeons vers Sainte – Adresse ou est situé le phare et d’où nous jouissons d’un superbe point de vue. Nous ne revenons pas au Havre sans nous arrêter à la chapelle de Notre-Dame des Flots (photo ci-dessous)….

 

Revenues au port nous apprenons qu’il abrite actuellement deux transatlantiques ; Le Paris (Mis en service en 1921, chavirage au Havre en 1939 – 230m) et le France (Mis en service en 1912, a effectué la traversée le Havre/ New York jusqu’en 1932 – 217m).

Mais le temps nous manque pour les visiter et nous sommes réduites à admirer seulement ces masses imposantes. Puis, entendant le signal du départ, nous prenons la direction du bateau qui nous emmène à Trouville ou nous débarquons à bon port.

 

Trouville

Là, nous retrouvons notre dévouée directrice restée avec les plus jeunes d’entre nous, heureuses de crapoter dans l’eau.

La plage jonchée de tentes a un riant aspect. De nombreux bambins sont là, réjouissant les promeneurs par leurs joyeux ébats. Nous poursuivons jusqu’à Deauville ou les élégantes parisiennes viennent exhiber leurs toilettes dernier cri. Nous traversons la ville ou se dressent d’exquises villas ainsi que de splendides hôtels renfermant un luxe raffiné. C’est en courant que nous prenons le chemin de la gare, puisque quelques minutes plus tard nous repartons vers Lisieux.

 

Lisieux

Le lendemain est jour de départ. Après l’achat de quelques souvenirs, nous quittons avec regrets la pittoresque Normandie pour retrouver la monotonie de notre Beauce tant aimé malgré tout.

D’après l’itinéraire prévu, nous devions partir de Lisieux à 2h30 pour arriver à Patay dans la soirée. Mais nous n’avions pas compté avec le retour des baigneurs et l’ouverture de la chasse et nous quittons Lisieux qu’à 4heures et après qu’un employé nous eut assuré formellement qu’un « train dédoublé » assure toujours la correspondance !

 

Retour à Patay

Mais bernique ! A Bueil, le train de Chartres était parti ! Le chef de gare crie à tue-tête : « tous les voyageurs, en route pour Paris ». et, dare-dare, nous partons pour Paris. A Mantes, contrordre, on fait descendre tous les voyageurs pour dreux. Mais de Dreux, nous n’aurons un train pour Chartres que le lendemain à 8 heures ! Alors, le chef de gare nous dirige vers Plaisir-Grignon ! Quel plaisir et quel guignon de trimer ainsi, sans avoir eu le temps de nous restaurer et de prévenir nos familles qui, à pareille heure, se rendaient à la gare de Patay pour nous attendre !

De Plaisir, nous repartons pour Versailles. Un train de nuit nous ramène à Chartres à 1h du matin ! Voici le matin arrive ; tout le monde est à son poste pour la dernière étape ! Malgré une nuit sans sommeil, nous arrivons gaillardement à Patay…..

 

Cartes et horaires

 

 

 

 

Sources :

- Bulletin paroissial de Patay

- Gallica

- SNCF - Services Archives Documentaires (SARDO)  - Le Mans

 

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